Opération réussie à la Chapelle Rose


Les habitants du petit village de Piégut dans les Hautes Alpes se sont engagés depuis des mois dans la restauration d’une chapelle du XVIeme siècle, abandonnée depuis des décennies. Un investissement de temps et d’argent qui n’impressionne pas ces bénévoles. Une volonté de restaurer un lieu de mémoire pour ce petit village qui a toujours vécu comme une grande famille. 

 

Agenouillé dans la boue, simplement vêtu d’un t-shirt sous une pluie battante, Pierre Barneaud arrache à mains nues les dernières ronces devant les portes de la chapelle de la rose. Abandonnée depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la chapelle a peu à peu dépéri pour finalement n’être plus qu’une ruine. Toiture partiellement ouverte sur le ciel, charpente fragilisée par les intempéries, dallage explosé, le lieu n’est qu’un écrin de débris et de tristesse. Un délabrement qui a suscité l’indignation des habitants du petit village de Piégut dans les Hautes-Alpes, engagés depuis plusieurs mois dans un ambitieux projet de restauration de l’édifice. Leader auto-proclamé du mouvement, Pierre Barneaud, n’a que faire du sale temps en ce samedi matin pluvieux.

 

”Cette chapelle date du XVIème siècle, ce qui signifie qu’elle a vu passer toutes les générations qui se sont succédé depuis”, explique cet agriculteur de 57 ans une fois assis à la table de son salon, encore trempé jusqu’aux os. ”C’est un héritage, un patrimoine à préserver”, poursuit-il le regard déterminé et le poing serré par la conviction. Située tout au bout d’un sentier sinueux qui ne semble mener nul part, la chapelle de la rose est comme cachée dans un sous-bois, à quelques minutes à pied du village. “Elle a été construite à l’initiative des habitants de l’époque et la légende veut que son nom vienne d’un jeune homme qui un jour aurait gravé une rose sur la porte”, raconte Alain Michel, le maire du village. Une chapelle dont la valeur est sentimentale, mais également historique. Sur les étagères décrépies d’un placard de la salle des fêtes, s’alignent une poignée d’objets religieux retrouvés dans la chapelle. “Tout est là”, lâche fièrement Christelle Brochier, en désignant les reliques d’un temps révolu. Parmi elles se distinguent une icône, une statuette de la vierge Marie dont les dorures se sont écaillées et deux candélabres dévorés par la rouille.

 

S’il est bien question de restauration, pour les Piégutais pas question de dénaturer le lieu. “On veut conserver son authenticité. On va réutiliser au maximum des éléments d’origine, autant par convictions que pour des raisons financières évidentes”, poursuit la mère de famille, responsable des comptes pour le projet. D’autant plus que l’expertise réalisée le mois dernier a élevé le coût des travaux à près de 45 000 euros. Un projet onéreux et donc difficile à assumer pour le village qui ne compte que 147 résidents. Si la mairie s’est déjà engagée à couvrir au moins la moitié des frais, de leur côté les riverains se mobilisent pour récolter des fonds. L’appel aux dons lancé il y a 5 mois sur les réseaux sociaux a déjà permis de récolter près de 6000€.

 

Alors que la pluie a cessé, quelques rayons de soleil caressent la lourde porte en bois de la chapelle sur laquelle se devinent les stigmates d’une gravure en forme de fleur. À l’intérieur résonnent les bruits de pas de Quentin Astier, dont les mains robustes trahissent le travail manuel. Et si ce maçon de 36 ans s’est porté volontaire pour participer aux travaux, c’est avant tout parce que l’endroit lui est familier. “Petits, on venait souvent ici avec les copains, c’était notre repère avant de s’aventurer dans le sous-bois”, se souvient cet enfant du pays en explorant d’un œil nostalgique les sombres recoins de la chapelle. Le regard dans le vague il semble contempler les images d’une enfance heureuse et insouciante, avant de revenir à la froide réalité. Le bruit du vent qui siffle à travers les vitraux cassés ressemblent à une mélodie mélancolique. ”Ce sont les voix du passé”, marmonne-t-il un sourire aux lèvres quelques instants avant que le soleil disparaisse à l’horizon.

La prochaine étape pour les Piégutais sera le mois prochain avec l’expertise cruciale et déterminante pour la suite du projet.

 

Matis Mondet

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